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Il y a quelques mois à présent, je m'étais installée devant un reportage qui évoquait les brumes bretonnes des monts d'Arrée. Le journaliste avait notamment attaché ses pas à ceux d'une poignée de visiteurs dans cette contrée du Finistère, qui avaient passé une nuit dans un gîte proche des monts d'Arrée, et parcouru ses pentes à l'aube. L'aurore était emmitoufflée d'un brouillard mauve lorsqu'ils se sont ensemble aventurés vers la chapelle de Saint-Michel, juchée en haut d'un sommet doux. A l'intérieur, les lieux brillaient par leur sobriété ; il semblait y régner, même à travers l'écran, une atmosphère de ferveur simple. Une petite croix symbole du christianisme, faite de deux bâtons de bois noués d'une ficelle, était accrochée à l'un des murs ; dessous, s'amoncelaient sur l'autel abandonné et au sol des monceaux de bouquets de bruyère, chacun l'offrande d'un fidèle anonyme passé par là. 

En observant ces offrandes humbles, quelqu'un devant l'écran, à côté de moi, n'a pu formuler qu'un commentaire surpris qui m'a surpris par son mépris. Je n'ai plus les mots exacts en tête, mais en visant la croix fabriquée de simples bâtons, cela ressemblait fort à un "Eh bah, ils auraient pu au moins y mettre une croix en or hein, parce que là..."

Parce que là, quoi ? Parce que là, quelqu'un a pris le temps de créer lui même un objet qui symboliserait ce en quoi il croit ? En quoi ces deux simples morceaux de bois posséderaient-ils moins de valeur que de l'or ? Ne parle-t-on pas d'un objet spirituel ? J'ai été si peinée de ce commentaire, peinée de voir que le principe du "toujours plus", que le système de valeurs hiérarchisant tel ou tel matériau, s'appliquaient aux yeux de cette personne même dans les choses qui ne relèvent que du coeur. C'était d'autant plus triste que le commentaire avait été lâché comme une évidence...

Puis j'ai pensé à ce pentacle que j'avais tout entier créé des brins de lavande qui embaumaient mon jardin, aux ficelles que j'avais pris le temps de couper à la bonne longueur, à la peine que je m'étais donnée pour que l'ensemble tienne, en y investissant la force de ma volonté, la profondeur de mon amour pour la Déesse. Je me suis souvenue des rayons de Litha qui inondaient la terre et la gorgaient de chaleur tandis que j'enlaçais chaque brin à l'autre. En me disant que ce visiteur aurait trouvé mon pentacle indigne de la Déesse puisqu'il n'était ni d'or ni de gemmes étincelantes, j'ai simplement eu envie de sourire. A mes yeux, les myriades de petits bouquets de bruyère déposés là dans cette chapelle, cueillis parmi les brumes des monts d'Arrée, avaient bien plus de prix que tout l'or du monde.