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A maintes reprises déjà j'ai croisé sur la toile la question des tous premiers pas sur le sentier du paganisme. En me la posant à moi-même, je n'ai jamais pu énoncer une réponse qui ne soit pas baignée de flou et de certitude à mesures parfaitement égales. De flou, car d'aussi loin que je me souvienne je ne peux dater précisément l'âge que j'avais lorsque j'ai découvert les panthéons anciens ; de certitude, car je sais qu'à l'instant précis où ils sont entrés dans ma vie, les dieux et les déesses l'en ont infusée comme une évidence absolue, que j'ai acceptée spontanément sans jamais en douter. Réfuter leur présence et leur existence même aurait relevé pour moi d'une absurdité aussi folle que renier l'existence du monde matériel tout autour de moi ; l'idée ne m'en a jamais effleuré le coeur.

Petite, peu avant que j'atteigne le pont de mes dix ans, j'ai découvert le panthéon des dieux et déesses grecs dans des livres que j'empruntais à la bibliothèque, puis que je demandais pour mes anniversaires. Et quoiqu'au fil des pages les auteurs ne les présentaient jamais que comme des mythes inventés de toutes pièces, les noms des déités que je découvrais jour après jour se gravaient tout à l'intérieur de moi. Les événements grandioses et fantastiques qui émaillaient tous ces récits ne me sont jamais apparus autrement que comme des fragments d'imagination ; jamais je n'ai cru en la réalité de la biche aux pieds d'airain, ni craint qu'un kraken ensalé ne me noie dans le profond des océans si d'aventure j'osais prendre la mer. 

Mais dès l'instant où de mes yeux j'ai croisé dans ces précieuses pages le nom d'Héra, c'est elle que j'ai senti m'abriter du foyer qui s'effondrait, m'aider à me relever chaque fois. C'est son nom que j'ai invoqué, cent et mille fois dans les heures sombres, pour y trouver tout à la fois la douceur du refuge et la rage de se révolter pour préserver ce qui est juste. C'est à Héra encore que je m'en suis remise lorsqu'elle est intervenue comme une mère, Héra enfin qui veille encore aujourd'hui avec moi sur l'amour que j'ai le bonheur de connaître. Elle est mon premier pas sur le chemin du paganisme.

Le second, quoique je m'en sois aperçue bien tard, n'est pas un pas mais un galop sur les terres galloises verdoyantes ; elle est la royauté de celle qui connaît en son coeur la vérité, et par qui la justice naîtra toujours en dépit de chaque avanie, malgré toutes les souffrances. Rhiannon m'est apparue bien des fois, lorsqu'adolescente et rêveuse je me laissais aller dans ma chambre à somnoler. Je diffusais des musiques celtes et dérivais au rythme des flûtes apaisantes, des tambours exaltants, des harpes alanguies. Lorsqu'arrivait le troisième morceau du CD, puissant, pulsant comme un cheval défiant le vent, me venait toujours en tête l'image d'une femme aux longs cheveux auburn, chevauchant au galop un cheval blanc avec toute l'élégance altière d'une reine. Je n'arrivais jamais  à la rattraper, mais les plaines ondoyaient sous les sabots ensorcelés de son cheval, et il émanait d'elle un parfum souverain de royauté. Je n'ai découvert que des années plus tard qu'il s'agissait de Rhiannon, et que je ne devais qu'à elle d'avoir pu surmonter bien des épreuves. 

Artémis et Arianhod sont encore d'autres déesses qui m'ont immensément aidée et m'aident encore, et chacune d'elle, comme Rhiannon et comme Héra, aura sa place sur ces pages de vie que je partage aujourd'hui avec vous. Aujourd'hui, comme depuis toute petite, je prie immanquablement Apollon lorsque la maladie se saisit de mes proches, et Hermès a toutes mes pensées dès lors qu'un voyage se profile et que j'espère de mon trajet qu'il soit serein. 

Aujourd'hui, c'est toutefois comme une fille du Dieu et la Déesse que je me présente à vous. 

Lorsque vient la pleine Lune, je célèbre la Mère en la nuit sombre, et les rubans bleus d'encens d'oliban m'entrelacent à ses bras. Jamais je ne peux pénétrer une forêt sans tressaillir de la présence sauvage du Dieu Cornu, qui y règne en maître et seigneur. A Beltane, je trace un cercle de fleurs fraîches autour de moi et danse à la fertilité du monde, et quand soupire l'Automne aux portes de Mabon je décore mon autel de marrons lisses, de cannelle embaumante et pommes dorées. Comme le Dieu et la Déesse, je suis rayon radieux dans un verger au printemps, et Lune brumeuse veillant sur les roseaux des lacs ; tout à la fois la ferveur délirante des feux de joie et le secret du chaudron, la douceur blanche du seringa et la fraîcheur des menthes. 

Comme le pentacle est en la pomme, comme le divin est en chaque chose du monde, je sais et sens que le Dieu et la Déesse sont en moi.

Jamais je ne découvrirai de plus jolie vérité, et jamais je n'aurai le courage me dévoiler si je ne me lance pas ce soir, à la rencontre de la Lune pleine et du solstice d'été, que je vous souhaite beau et puissant !

Soyez les bienvenus avec moi, à l'orée des pommes.